Visio (dé)conf. des Pro-actifs

« Assumer les contraintes, la perte de temps, le risque économique, il y a de quoi être inquiet… Nous vivons un changement sans précédent, mais comme en compétition j’aime bien gagner, cette épreuve là aussi, nous allons la gagner ! On va travailler différemment, changer nos horaires, impliquer nos salariés, s’écouter les uns les autres, mutualiser les compétences… Dans l’artisanat, nous ne sommes pas concurrents, nous sommes collègues ; plus d’humain, plus de pédagogie, ce sera le meilleur moyen pour s’en sortir. Je suis optimiste et je vous demande de l’être ».

Mercredi 13 mai, artisans et professions libérales s’étaient donnés rendez-vous pour un échange avec Marie-Christine RIBEIRO, avocate, et Philippe GAUDRIE, expert-comptable, sur une invitation de Michel DUMON et Isabelle ADAM. Le président de la CAPEB Gironde donnait ainsi le ton.

La sécurité d’abord

« La sécurité a nécessité un gros travail des organisations, et l’on ne sait pas où l’on va. Les carnets de rendez-vous sont pleins, mais beaucoup de désistements de dernière minute », selon Isabelle ADAM, présidente de l’UNEC Gironde. Pour les coiffeurs aussi, impossible de rattraper deux mois de chiffre d’affaires, des frais supplémentaires et une clientèle divisée par deux, pourtant elle aussi se veut optimiste : « il faut apprendre ensemble, recréer de l’entraide ».

Covid-19 : la sidération

La première impression unanimement partagée, c’est la sidération : « un saut dans l’inconnu », « du jamais vécu », « nous découvrons qu’une économie peut s’arrêter du jour au lendemain ».

Marie-Christine RIBEIRO évoque la nécessité d’adaptation, le besoin de souplesse et de réactivité. Elle met l’accent sur les changements de comportements dans les rapports professionnels et craint la remise en cause des accords commerciaux.

« Après la crise sanitaire, la crise économique : notre priorité à tous : sauver le plus possible d’entreprises ! Les salariés sont payés par l’État, on va revenir au temps partiel, les licenciements vont suivre, l’économie entière vient d’être placée sous perfusion », pour Philippe GAUDRIE.

Du point de vue de l’avocate, comme de celui de l’expert-comptable, la priorité réside dans la maîtrise de la trésorerie. Sans trop de trésorerie, théoriquement, on part sur un court terme. L’État a recapitalisé les entreprises via le PGE qui n’en reste pas moins une dette : dans un an, la banque reviendra vers nous pour rembourser ou en étaler le paiement. Il est urgent d’anticiper, de mettre en place des actions pour développer le chiffre d’affaires, de remobiliser la trésorerie peut-être vers de nouveaux marchés.

Ils évoquent ensuite les différents leviers, reports de charges, fonds d’urgence mis en place par les municipalités de Bordeaux ou de Libourne. Tous redoutent cependant l’augmentation des défaillances fin août, début septembre.

Leur conseil : Suivre les créances pour éviter les crédits inter-entreprises.

Eric OZOUX, assureur et vice-président de l’U2P Nouvelle-Aquitaine, signale qu’un fond régional d’urgence peut être attribué à ceux qui n’ont pas droit au PGE. Certes, « les assureurs ont été décriés, certains contrats étaient mal ficelés, mais les choses vont changer, les compagnies discutent avec l’État pour indemniser les catastrophes sanitaires comme cela a été le cas des catastrophes naturelles ».

Son conseil : Prendre contact et discuter avec son assureur.

En attendant, il est important que l’argent circule, important d’encaisser et de payer ce que nous devons pour générer de la confiance et ne pas fragiliser tout un secteur. Paradoxalement, « l’épargne des français a augmenté pendant la crise : on économise sur des salaires versés par l’Etat. L’évolution du chômage va être un indicateur », selon Philippe GAUDRIE.

Conseils aux chefs d’entreprise en grande difficulté

Anticiper et ne pas rester seul : « Il n’est pas trop tard pour s’en sortir avec le PGE, 1 ou 2 mois de trésorerie », selon Philippe GAUDRIE. Et surtout, demander de l’aide pour faire un diagnostic, car chaque entreprise est différente.

Marie-Christine RIBEIRO rappelle l’existence du mandat ad hoc, trop peu utilisé et pourtant un outil précieux pour les entreprises qui ne sont pas encore en cessation de paiements.

Leur conseil : Il y aura sans doute beaucoup de procédures, ne pas hésiter à demander des procédures urgentes. Penser au mandat ad hoc.

Justice : changer notre vision

Marie-Christine RIBEIRO s’inquiète de l’état de la justice : « les juges ont arrêté de juger, il n’y a plus de justice civile et commerciale, seulement une justice pénale, c’est un déni de justice ». Elle met l’accent sur ces entreprises qui n’ont même pas la possibilité de déposer le bilan avec toutes les conséquences que cela représente. Les juridictions ont pris beaucoup de retard. « Il va falloir changer notre vision des choses pour aller plus vite, il faut tendre vers la médiation, la conciliation, les arbitrages, pour trouver une sortie par le haut », dit-elle.

Son conseil : Éviter des discussions par ailleurs. Pour cela, réviser les contrats, remettre à jour les plannings de façon contractuelle, écrire pour mettre en place les nouveaux plannings, nouveaux calendriers, avenants, annule et remplace… Cela permettra de donner du crédit aux clients, de nouer de nouvelles relations sur la transparence et la confiance. Ne plus laisser traîner les choses !

Nous réinventer

Éviter les conflits, pédagogie, médiation, changer nos façons de penser… de nouvelles règles à inventer, ensemble, pas à pas. Salariés, fournisseurs, prestataires, partenaires, la qualité des relations entre les personnes semble prendre une importance nouvelle : « notre expert-comptable doit être un vrai partenaire, un conseil, s’il ne le fait pas, changeons ! Tous vos partenaires doivent changer, les banquiers également », dira Michel DUMON.

Réécrire nos relations professionnelles, les chefs d’entreprise eux-mêmes doivent se réinventer car nous sommes interdépendants, nous avons besoin les uns des autres… Être bien accompagné est une priorité, cela permettra, en outre, au chef d’entreprise de se concentrer sur son cœur de métier. Les mentalités changent à marche forcée : la gestion des ressources humaines va devoir s’adapter car les gens n’ont plus la même approche du travail ; au niveau des embauches, les choses vont s’inverser, les conseils aussi vont devoir apprendre à travailler ensemble, selon nos intervenants.

Ce qui permettra à Michel DUMON d’annoncer une suite de visio à venir pour nos collègues qui ne pouvaient pas être présents et de conclure sur les mots d’un de nos amis : « l’équipe sera toujours plus forte que le plus fort de l’équipe ! »

 

6c91d76b4863687e2b03066791d07209OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO