Durant 3 jours, au Palais des Congrès de Bordeaux, se tiennent les Assises européennes de la transition énergétique. Avec Sonia DUGAS, secrétaire générale, Yves GUILLEMAUT, vice-président de la Capeb33, et Véronique LAFITTE pour Artisan Citoyen, nous assistions à l’ouverture de la manifestation.

Climat, santé, préservation de l’environnement, il est bien sûr urgent d’adopter de meilleures pratiques. Cependant, et au risque de jouer les rabat-joie, si j’entends depuis 10 ans les mêmes discours, les mêmes déclarations d’intention, force est de constater que, pour les entreprises du bâtiment, la mise en œuvre ne suit pas. Les Eco-artisans et autres entreprises RGE attendent toujours les marchés espérés…

Sur Bordeaux Métropole, c’est 350 000 logements construits avant 1974, avant toute réglementation thermique, qui mériteraient une rénovation énergétique. L’opinion publique continue à se focaliser sur l’automobile ou l’industrie, qui ont fait de réels progrès, mais la question du logement, bien que très énergivore, reste en arrière plan. Et pour cause, les savoir-faire sont là, les entreprises aussi, il manque peut-être les moyens d’une réelle incitation.

Selon l’Observatoire de la précarité énergétique, un français sur cinq aurait des difficultés à se fournir une énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires (chauffage, eau chaude, etc.). Peut-être devrions-nous reposer le problème dans le bon sens. En ville comme en zone rurale, la précarité énergétique est une réalité grandissante. Des logements anciens, la hausse du prix des énergies, la baisse du pouvoir d’achat, la pauvreté, les mauvaises pratiques, on sait aussi que le problème est lié aux revenus les plus faibles. Qu’ils soient locataires ou propriétaires, les aides aux plus démunis, même à 80%, sont essentielles, mais il manque souvent les 20% restant…

Il me semble que la question cruciale est de savoir ce qui pourrait motiver des propriétaires à améliorer les logements.

Dans un article récent d’Alternatives économiques, Bernard LAPOSTOLET, responsable de programme à la fondation Abbé Pierre, explique : « Pour lutter contre la précarité énergétique, il faut à la fois des incitations à la rénovation énergétique et des contraintes pour élever les normes ». Toujours selon lui, si des progrès ont été réalisés, c’est surtout sur les logements en copropriété qui comptent des locataires que l’attention doit porter, de manière à ce que les bailleurs n’aient plus le droit de louer des passoires thermiques.

Plaçons-nous maintenant du point de vue des propriétaires qui louent ces logements. Il est clair que, selon eux, l’investissement suppose un retour sur investissement. Il est à craindre que le prix des loyers n’augmente dans la foulée. Quant aux contraintes évoquées, si elles semblent possibles envers ceux qui en font profession, elles risquent d’amener des propriétaires à fermer tout bonnement ces logements précaires, pénalisant davantage encore les plus démunis… Le serpent se mord la queue.

Gageons que la loi de Finances pour 2017 n’apportera aucune amélioration dans ce sens. En effet, si les propriétaires bailleurs pouvaient jusqu’alors déduire 100% du montant des travaux réalisés du revenu foncier, un nouveau texte flou ramène à une déductibilité très partielle desdits travaux. Ils sont déjà nombreux à dire qu’ils attendront des jours meilleurs.

Le retour sur investissement au niveau individuel peut paraître long ; au contraire, au niveau du pays, il me semble que nous aurions beaucoup à gagner, et plus rapidement, en terme de protection de l’environnement, d’économie d’énergie, du confort et de la santé de nos concitoyens, tout en créant des emplois par la dynamique insufflée aux petites et moyennes entreprises du bâtiment.

Nos décideurs devraient se rappeler le vieil adage : « Quand le bâtiment va, tout va ! ». Ils devraient se rappeler aussi que la baisse de la TVA, dans les années passées, a contribué à la création de plus d’emplois pérennes que le CICE et son million d’emplois annoncés.

Vue ainsi, la rénovation énergétique devient une question d’éthique, donc de choix, faisons le bon choix !

Michel DUMON
Président de la CAPEB33

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