La dernière visite prévue pour la députée Véronique HAMMERER est celle de l’atelier de menuiserie de Daniel SELLIER, notre guide tout au long de cette journée. Daniel est adhérent de la CAPEB Gironde, membre de la section Bois, et président des Éco-Artisans. Ce « titi parisien », a découvert sa vocation dans un atelier de menuiserie de sa banlieue. Venu en vacances dans notre région, il a rencontré Maryse, son infirmière d’épouse, et n’en est jamais reparti. Aujourd’hui, Daniel travaille avec son fils, Gaétan. Le père et le fils sont tous deux diplômés de l’École des Cadres, promotion 1017.

Ici, on fait des menuiseries, escaliers, portes et fenêtres, copies d’ancien, on peut faire des maisons bois avec architecte, une surélévation… Véronique s’en étonne. C’est tout à fait possible, même si Daniel n’a pas le matériel pour poser les tuiles. « On va nous mettre des normes administratives de plus en plus drastiques pour qu’on ne puisse plus faire une maison dans sa globalité. On gêne les industriels ».

Nous entrons dans le vif du sujet avec le problème de l’investissement. Comment avons-nous évolué nous, TPE ? Comment, d’un petit camion, on est passé à un plus gros ? Tout simplement en vendant le matériel qui nous sert d’apport pour le suivant. Sauf qu’aujourd’hui, cette somme est considérée comme un bénéfice, elle est soumise à l’impôt à hauteur de 50%. Inutile de chercher plus loin la raison pour laquelle les TPE ne peuvent plus investir. Ce sujet interpelle Véronique HAMMERER qui propose de porter un amendement au prochain budget : Bercy calculera ce que cela pourrait coûter à l’État, qui pourrait attendre, en échange, davantage de TVA.

« La loi Macron sur le surinvestissement était une bonne chose. En revanche, lorsque l’on achète du matériel qui n’est pas amortissable, il ne faut pas taxer nos reprises : si je vends mon camion, pour acheter une Ferrari, d’accord, mais pas pour réinvestir dans un matériel équivalent, plus performant, répondant davantage aux normes de sécurité ou aux exigences environnementales », précisent nos artisans.

« Justement, les normes, les lois, le légal, toutes les contraintes font que les artisans n’en peuvent plus ».

Parlons métier, Daniel nous montre un plan sur règle, le plan en coupe d’une porte. La porte sera livrée pré-peinte. Daniel relève l’inadéquation entre le savoir-faire et la rémunération : le père et le fils prennent le minimum. Ça fait 7 ans que Gaétan n’a pas pris de congés ; Daniel, quant à lui, a pris 2 semaines cette année. « Gaétan est un fils d’artisan, il est habitué mais les jeunes ne veulent pas venir dans nos métiers. Nos salariés ne sont pas mal payés, quoi qu’on dise, mais ils ont l’inconfort d’être sur les chantiers, l’été, il faut chaud, l’hiver, il fait froid ! ».

Trop de paperasse, y compris pour travailler : « A la CAPEB, on était parti sur Eco-Artisan, on n’a pas eu de problème à passer RGE. Mais aujourd’hui, c’est trop lourd avec QUALIBAT. « Qu’est-ce que QUALIBAT », demande Véronique HAMMERER ? « Une administration indépendante européenne, reconnue par l’État pour que nos clients puissent bénéficier des crédits d’impôts », précise Daniel.

Nous nous retrouvons dans le bureau de l’artisan : comme dans tous les bureaux, un ordinateur dédié à la comptabilité, à la gestion. « Certes, on va avoir la fibre, mais pour le moment, internet passe encore mal dans les campagnes », dit Daniel.

En ce moment même, les collègues de l’Aveyron sont avec leur député, Stéphane MAZARS. Nous demandons à Véronique de se rapprocher de lui concernant le problème du GNR, notre sujet d’actualité. Il existe 3 gazoles, le blanc que l’on met dans nos voitures, le rouge plus connu sous le nom de fioul domestique et le gazole non routier (GNR). La CNATP et les CAPEB sont descendues dans la rue, vendredi, pour demander le maintien du GNR à taux réduit de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Si nous perdons cela, les conséquences seront désastreuses pour les petites entreprises du bâtiment, des TP et du paysage.

 

Nous sommes le 19 novembre, la discussion tourne inévitablement sur les gilets jaunes et la transition écologique. Véronique HAMMERER insiste sur la nécessité de sortir du gazole. Elle nous explique qu’au niveau du département, une flotte de bus fonctionnant au biocarburant, fabriqué avec du marc de raisin en économie circulaire, est prête. « Le gazole et l’essence vont encore exister, mais nous pensons qu’il faut sortir du diesel parce que les particules qu’il dégage sont les plus polluantes : 50 000 personnes décèdent par an de la pollution de l’air ». Les artisans sont tout à fait conscients qu’il est nécessaire de préparer la transition écologique, mais pas comme ça. « Cela nous intéresse d’autant plus que nous aimerions qu’on fasse pareil avec les gens qui meurent de la nourriture industrielle, pas seulement du glyphosate, mais bien de l’industrie agroalimentaire… », faisons-nous remarquer.

« Rêvons un peu » : Daniel nous ramène vers le « book » de l’entreprise ; la fierté d’un artisan, ce sont ses fabrications, ses œuvres… Nous sommes loin d’imaginer qu’à seulement quelques kilomètres de là, le péage de Virsac est en feu.

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