Entretien avec Michel DUMON, Président de la Capeb33

En ce qui concerne la médiation, peut-on dire que la Capeb33 fait figure de précurseur ?

Je crois qu’on peut le dire, en effet. L’expérience conduite à la Capeb33, à ma connaissance, est unique ; elle a été présentée à la Capeb nationale et j’espère que nous aurons l’occasion d’y revenir.

Cela fait 3 ans que je m’intéresse à la médiation. Dans nos petites entreprises artisanales du bâtiment, elle peut véritablement apporter une autre approche des relations humaines.

Il y a quelque temps, je suis tombé sur un article qui disait que, contrairement à l’idée reçu, le coût du travail en France n’est pas plus élevé qu’en Allemagne. En revanche, il ajoutait que le juridique coûte plus cher aux entreprises françaises ; raison de plus pour s’intéresser à la médiation.

Vous faites allusion aux Prud’hommes, j’imagine ?

Selon les médias, la peur qu’ont les chefs d’entreprise des Prud’hommes serait infondée. C’est peut-être vrai pour les entreprises de 35 salariés et plus, qui provisionnent ce type d’accident, qui ont des services administratifs qui gèrent les conflits ; ça ne l’est pas dans nos entreprises artisanales.

Il faut bien comprendre que lorsque vous travaillez, au quotidien, depuis 15, 20 ans et parfois plus, aux côtés des mêmes personnes, lorsqu’un conflit naît, cela peut prendre des proportions démesurées. C’est comme dans une famille, parce que l’aspect émotionnel est plus prégnant, il peut mettre en péril l’entreprise, en tout cas, la faire vaciller dangereusement. Sans compter le risque de propagation du conflit aux autres salariés.

Vous parlez d’émotionnel et de famille. Justement, les petites entreprises du bâtiment sont souvent familiales…

Toute difficulté dans le lien familial peut avoir des répercutions sur l’entreprise. Quelle que soit son origine. Au moment de la transmission des pouvoirs entre le père, la fille ou le fils, par exemple, la médiation pourrait être utile. Dans les faits, le chef d’entreprise, que je dirais « sortant », est toujours aux commandes, alors qu’il n’a plus la responsabilité juridique. C’est dangereux et cela n’invite pas le jeune successeur à prendre la mesure de ses responsabilités. Ou alors cela le dérange véritablement et le conflit n’est pas loin. Même chose lorsque le repreneur est un salarié de l’entreprise, il a parfois été formé par l’entreprise, il y a fait toute sa carrière, le lien est quasiment filial.

Vous proposeriez donc la médiation pour préparer à la transmission d’entreprise…

A la Capeb comme à la CMAI, j’ai beaucoup travaillé sur ce thème ; je me suis aperçu qu’il manquait un maillon à la chaîne. Le chef d’entreprise a des difficultés à laisser partir « son bébé » entre d’autres mains. Il y a des tensions. Un travail de lâcher prise est nécessaire pour faciliter cette transmission, pour laisser partir cette entreprise qui doit continuer à vivre après lui.

Cela fait 3 ans que vous avez un médiateur à la Capeb, qu’est-ce que cela vous a appris ?

C’est une façon de penser totalement différente de celle du droit, de notre système juridique. A chaque fois que je l’ai sollicité, pour des problèmes plus ou moins graves, après avoir conduit une réflexion avec les juristes de la Capeb33, qui n’avaient pas forcément de réponse à apporter, où parce que l’obstination du chef d’entreprise pouvait le conduire à sa perte, à chaque fois, ça a été la même surprise : l’angle d’approche n’est pas du tout le même. Il a tout de suite abordé le problème sous l’angle de la communication. En communication, il y a un émetteur et un récepteur. Si le message passe mal, ce n’est pas forcément parce que le récepteur le comprend mal, l’émetteur aussi peut être en cause. Cela repositionne la notion de responsabilité.

C’est un changement de mentalité important, c’est pour cela que peu de médiations, à proprement parler, ont été conduites à la Capeb, à ce jour. Mais c’est aussi pour une autre raison, il faut bien le reconnaître. Dans tous les cas où je l’ai interrogé sur une difficulté, en changeant simplement l’angle d’approche, il a démonté les problèmes, avant même qu’ils ne prennent corps. D’où la nécessité d’insister sur la prévention.

En conclusion, que diriez-vous aux adhérents de la Capeb33 ?

Nous avons un partenariat avec un médiateur. Aujourd’hui, j’aimerais que ce partenariat évolue sous la forme d’une permanence, accessible financièrement, sur rendez-vous. Ainsi, tout adhérent qui rencontrerait une difficulté pourrait, sous le sceau de la confidentialité, s’en ouvrir librement auprès d’un « tiers média ». Je ne crois pas que nos adhérents aient besoin de conseils. Nous sommes tous différents. Il me semble qu’ils auraient davantage besoin d’un accompagnant qui les aiderait à conduire une réflexion pour trouver, eux-mêmes, la solution qui leur convient.

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